N° 29 - Partir espionner l'ennemi

 



Tu attends que la nuit tombe. Tu seras moins visible dans le noir. Tu es chanceux. Pendant que le soleil qui se couche, la brume se lève. Elle te cachera. Ton officier vient te voir : « Tu es prêt ? » Tu lui réponds fièrement : « Oui mon capitaine ! » Il te dit : « Fais bien attention à toi. Une fois passé ce petit arbre là-bas, tu seras tout seul. Nous ne pourrons plus t'aider. » 

Tu pars en courant, courbé en deux, en essayant de faire le moins de bruit possible. Soudain, tu t'arrêtes ! Tu entends au loin des conversations en allemand. Les soldats rigolent. Tu penses : « Tant mieux. Ils ont l'air occupés, ils ne m'entendront pas venir.»

Tu mets ton fusil dans ton dos. Tu te couches dans l'herbe mouillée et tu commences à ramper vers le camp allemand. Mètre après mètre, tu rampes sans bruit dans la nuit noire. La terre est froide, mais elle sent bon l'herbe fraîche et les fleurs sauvages. Au loin, tu entends le cri d'une chouette et le coassement des grenouilles près d'un étang. Le vent froid fait bruisser doucement les feuilles des arbres. Parfois, une odeur de fumée te parvient du camp allemand. Tu continues à ramper, le cœur battant. Tu es maintenant tout près du camp ennemi

Tu lèves doucement la tête pour voir le camp quand un soldat allemand hurle : « ALARM ! Ein feindlicher soldat spioniert uns aus. » (ALARME ! Un soldat ennemi nous espionne). Tu ne parles pas allemand mais tu comprends tout de suite que tu es découvert.

Les balles fusent autour de toi. Rien ne te protège. Tu t'aplatis le plus possible contre le sol. Après quelques longues minutes, les tirs se calment. Tu lèves prudemment la tête. Une balle siffle et vient te toucher en plein milieu du front. Tu viens de mourir à Nieuport près de la ville de Dixmude en Belgique, le 15 octobre 1915. Tu avais 40 ans.



Tu t'appelais Jean MAILLOL, et tu étais enseigne de vaisseau (lieutenant) chez les fusiliers-marins.

 

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