N° 31 - Le matelot-canonnier



Une torpille allemande vient de frapper le Suffren. Le navire se met à gîter dangereusement. L'eau s'engouffre par la brèche béante dans la coque. Les lumières s'éteignent. Dans le noir, les cris résonnent partout.

Les ordres fusent : « Aux canots de sauvetage ! Abandonnez le navire ! » Tu te précipites vers le pont supérieur avec tes camarades. Vous grimpez les escaliers métalliques aussi vite que possible. L'eau monte déjà dans les coursives.

Sur le pont, c'est le chaos. Le navire penche de plus en plus. Les canots de sauvetage sont mis à l'eau en urgence. Certains marins sautent directement à la mer. D'autres s'accrochent aux cordages.

Tu essaies de rejoindre un canot, mais le Suffren chavire brutalement. Tu perds l'équilibre. Tu glisses sur le pont incliné. Tu te rattrapes à une rambarde. Tes mains sont mouillées, elles glissent.

Tout va trop vite. En quelques minutes seulement, le cuirassé Suffren se retourne complètement et commence à couler. L'eau glacée de l'Atlantique t'engloutit avec le navire. Tu disparais dans les profondeurs.


Le cuirassé Suffren a coulé au large de Lisbonne le 26 novembre 1916, emportant 648 marins avec lui. Seulement quelques dizaines ont survécu. Ton corps ne sera jamais retrouvé.

Le 13 juillet 1917, tu es officiellement déclaré "perdu corps et biens" avec ton navire. Tu avais 26 ans.

Tu t'appelais André NOU, et tu étais matelot de 2ème classe canonnier à bord du cuirassé Suffren.