N° 32 - Le soldat un peu plus âgé que les autres

 



Le sergent te regarde et hoche la tête. « D'accord, tu restes avec les territoriaux. Vous allez entretenir les tranchées. »

Tu regardes autour de toi. Les hommes de ton groupe ont tous dépassé la trentaine. Certains ont même des cheveux gris. Les jeunes soldats qui partent combattre vous appellent affectueusement « les pépères » à cause de votre âge. Parfois ils se moquent gentiment, mais ils savent que votre travail est essentiel.


Depuis des semaines, vous creusez sans relâche. Vos mains sont couvertes d'ampoules. La terre de Champagne est lourde. Quand il pleut, elle devient une boue épaisse qui colle aux bottes et aux pelles. Tu creuses, tu répares, tu consolides. Des tranchées de première ligne. Des tranchées de deuxième ligne. Des boyaux de communication entre les deux.

Le travail ne s'arrête jamais. Chaque nuit, les obus ennemis détruisent des portions de tranchée. Chaque jour, vous devez tout réparer. Les parois s'effondrent sous la pluie. Il faut les renforcer avec des planches et des sacs de terre. L'eau au fond doit être évacuée sans cesse.


Ce matin du 7 avril 1915, tu es dans le bois de Lamorville avec ton équipe. Vous consolidez une tranchée de communication. Le soleil commence à peine à se lever. Vous travaillez vite, courbés dans la tranchée étroite. Tu enfonces des planches dans la paroi de terre avec un maillet.

Soudain, un sifflement aigu déchire l'air. Un obus allemand explose juste au-dessus de vous. La terre tremble violemment. Des morceaux d'acier brûlants volent partout. L'un d'eux te frappe à la poitrine au niveau du coeur. Tu tombes au fond de la tranchée que tu viens de réparer.

Tu t'appelais Isidore PARCE. Tu viens de mourir dans le bois de Lamorville, en Champagne, le 7 avril 1915. Tu avais 34 ans.