N° 34 - L'employé des chemins de fer
Le médecin t'examine. Il te fais. tousser. Il fronce les sourcils.
Le docteur : « Depuis quand tousses-tu comme ça ? »
Toi : « Depuis que je suis petit, docteur. »
Le docteur : « Tu respires difficilement. Est-ce que tu peux courir ? »
Toi : « Non, docteur. »
Le docteur : « Tu ne peux pas combattre, puisque tu travailles dans les chemins de fer. »
Il prend son tampon et marque ton dossier. « Classé auxiliaire. » Tu vas servir la France autrement.
Au lieu d'être envoyé combattre, tu es envoyé reprendre ton poste de tonnelier dans la Compagnie des chemins de fer, à Bordeaux. Ton travail consiste à entretenir et à réparer les wagons-citernes.
Le chemin de fer est essentiel pendant la guerre. C'est par le train qu'on transporte les soldats vers le front, les munitions, la nourriture, le matériel. C'est aussi par le train qu'on ramène les blessés vers les hôpitaux de l'arrière.
Jour après jour, tu travailles sur les quais de la gare de Bordeaux. Tu répares des wagons-citernes. C'est un travail physique épuisant, mais tu tiens bon malgré ta toux qui te fait souffrir.
Les mois passent. L'hiver 1916-1917 est particulièrement rude. Le froid, l'humidité, la fatigue. Tu commences à tousser vraiment très fort. La fièvre monte. Ton corps s'affaiblit.
On te transporte à l'hôpital militaire de Bordeaux. Les médecins tentent de te soigner, mais ton état empire. Tu as contracté une maladie grave.
Le 2 mars 1917, tu meurs à l'hôpital militaire de Bordeaux. Tu avais 39 ans.
Tu n'as jamais combattu sur le front. Mais tu es mort en servant la France, affaibli par le travail épuisant que tu accomplissais.
Tu t'appelais Auguste VILLA, et tu étais employé dans la Compagnie des chemins de fer du Midi.

