N° 23 - L'artilleur amputé
Tu rejoins ton unité d'artillerie sur les crêtes de Verdun. Depuis des semaines, vous bombardez sans relâche les lignes allemandes. Ton canon tire des centaines d'obus chaque jour. Le bruit est assourdissant. Tes oreilles bourdonnent sans arrêt.
Vous êtes installés sur la crête de Thiaumont, une position stratégique qui domine le champ de bataille. De là-haut, vous pouvez voir les attaques allemandes et les repousser avec vos tirs. Mais cette position est aussi très exposée. Les Allemands vous bombardent jour et nuit pour détruire vos canons.
Tu vis au rythme des ordres : « Chargez ! Visez ! Feu ! » Tes mains sont noires de poudre. Tes bras te font mal à force de porter les obus lourds. Mais tu continues, comme tous tes camarades. Il faut tenir Verdun coûte que coûte.
Ce 30 septembre 1916, vers 15 heures, tu es dans le ravin d'Eclusier avec ton équipe. Vous préparez le prochain tir. Soudain, un sifflement strident déchire l'air. « COUCHEZ-VOUS ! » crie quelqu'un. Trop tard.
L'obus allemand explose juste à côté de toi. Une douleur terrible te traverse la jambe gauche. Tu tombes. Du sang coule de ta jambe. Tu hurles. Tes camarades accourent et te traînent à l'abri. Un infirmier te fait un garrot serré. « Tiens bon ! »
On t'évacue vers l'arrière sur un brancard. À l'hôpital, le médecin secoue la tête. « Ta jambe est trop abîmée. Il faut l'amputer. » Tu perds connaissance.
Tu te réveilles sans ta jambe gauche. Pendant un an et demi, tu restes dans différents hôpitaux. Ton corps ne guérit pas. L’infection te ronge de l'intérieur.
Le 9 mars 1918, tu meurs à l'hôpital thermal d'Amélie-les-Bains, des suites de ton amputation. Tu avais 22 ans.
Tu t'appelais René BASSERES, et tu étais maréchal des logis au 56ème Régiment d'Artillerie de Campagne.
