Thème 4 - La mémoire - La construction du souvenir local et national
🗂️ L'ARCHITECTURE DU SOUVENIR ET DE LA COMMÉMORATION
Cadre du programme (CM2) : La France, des guerres mondiales à l’Union européenne.
Problématique globale : Comment la société française bascule-t-elle de la mort de masse à la construction d'une mémoire collective, locale et nationale, pour honorer le sacrifice des citoyens ?
🎯 Les 3 axes mécaniques à faire acquérir :
La gestion de l'absence : Comprendre l'impact de la disparition de masse (soldats pulvérisés ou engloutis) et la nécessité pour l'État de fixer juridiquement la mort et de créer des rites de reconnaissance nationale.
Le traumatisme du retour : Analyser les séquelles physiques et invisibles des survivants face à la difficulté de réintégration dans la société civile.
La matérialisation locale et nationale du deuil : Étudier l'érection des monuments aux morts dans les communes pour ancrer le souvenir et la douleur des familles dans l'espace public quotidien.
🏛️ SOUS-THÈME 1 : L'absence de corps et la reconnaissance nationale
🔍 1. La matière brute du Jeu (La vue élève)
La mort sans sépulture et la disparition de masse : Les fiches N° 22 - Le soldat disparu et N° 31 - Le matelot-canonnier modélisent la réalité des corps impossibles à restituer aux familles. L'artillerie industrielle pulvérise les hommes sur terre, comme Joseph BAQUE à la ferme Moisy, dont ni le corps ni les effets personnels ne sont retrouvés dans la terre retournée. La guerre sous-marine engloutit instantanément les équipages dans les profondeurs de l'océan, comme André NOU lors du naufrage en quelques minutes du cuirassé Suffren. Le statut juridique de « disparu au combat » ou de « perdu corps et biens » prive les proches de sépulture et oblige le tribunal à déclarer officiellement la mort plus tard.
Les Nécropoles nationales et la standardisation de l'identité militaire : Après l'Armistice, l'État entreprend de regrouper les sépultures isolées des anciens champs de bataille pour créer d'immenses cimetières militaires nationaux. C'est le cas de la Nécropole nationale du Bois-Roger à Amblény, où le nom de N° 35 - Joseph BAQUE a été inscrit sur la liste commémorative. À cette occasion, l'administration militaire impose une stricte standardisation républicaine : alors que sa famille et sa commune d'adoption (Tautavel) gravent sur le monument local son prénom d'usage familier, Isidore, l'État Civil Militaire enregistre sa tombe sous son premier prénom officiel de l'état civil, Joseph, réintégrant le citoyen-soldat dans l'identité légale de la Nation.
La reconnaissance et l'honneur républicain : La fiche N° 13 - Les fusiliers-marins illustre la réponse symbolique de l'État face au sacrifice collectif. Lors de combats comme la bataille de Dixmude, qui coûte la vie à presque la moitié de la brigade envoyée en première ligne, le courage des matelots est honoré par la remise d'un drapeau officiel par le président de la République. Le symbole républicain devient le dépositaire de la mémoire des morts pour la France.
📄 2. Document extérieur associé
Fiche : "La loi du 25 octobre 1919 et sa postérité", librement consultable sur le site "Le Souvenir Français"
Fiche : "Nécropole française "le Bois Roger. Ambleny", librement consultable sur le site de "Picardie 14-18"
Vidéo : "La flamme", librement consultable sur le site "Arc de Triomphe"
🪖 SOUS-THÈME 2 : Le retour des survivants et la commémoration locale
🔍 1. La matière brute du Jeu (La vue élève)
Les traumatismes des survivants : La fiche N°18 - Les survivants décrit le retour difficile des hommes après l'Armistice du 11 novembre 1918. Le texte met en lumière la fracture entre les blessures visibles (les amputés dépendant d'une pension d'État insuffisante) Fiche N° 46 - STECLEBOUT Fernand, et les blessures invisibles (les hommes brisés à l'intérieur, sujets aux cauchemars et à l'incompréhension de leur entourage). Le retour marque la complexité de se réintégrer dans une société civile qui a profondément changé en quatre ans d'absence.
La sacralisation de l'espace public communal : La fiche N° 9 - Le monument aux morts montre la matérialisation du deuil au cœur de la commune de Banyuls-sur-Mer. Sculpté en 1933 par Aristide Maillol dans une pierre calcaire bleue, ce monument grave en lettres dorées le nom des poilus disparus. Ses trois panneaux racontent la mort (le soldat couché), la douleur intime de l'Arrière (les femmes éplorées) et la gloire civique (le couronnement de laurier). Il sert de support physique aux rituels annuels du 11 novembre.
La distinction des survivants :
🎖️ L'hommage à la bravoure exceptionnelle (La reconnaissance du sang versé) :
N° 46 - STECLEBOUT Fernand & N° 43 : MAILLOL Lucien reçoivent la Médaille Militaire. C'est la plus haute distinction pour les soldats et sous-officiers. Pour Steclebout, elle récompense sa grave blessure reçue sous les obus en première ligne. Pour Lucien Maillol, elle salue ses exploits techniques dans la première escadre de l'aviation comme pilote. Elle montre aux élèves la reconnaissance de l'héroïsme individuel.
🎖️ La distinction d'élite et de commandement (Les hauts grades civils et militaires) :
N° 40 - DOUZANS Hypolite & N° 39 - D'ESPIE Adolphe reçoivent l'Ordre national de la Légion d'Honneur (Douzans est promu Officier, d'Espie est nommé Chevalier). Cette prestigieuse décoration créée par Napoléon récompense les mérites éminents accordés à la Nation. À 42 ans, le médecin-chef Douzans est honoré pour sa gestion de l'ambulance de front, tandis que l'écrivain d'Espie est récompensé pour ses services de santé à l'arrière. Douzans cumule également les Palmes Académiques, soulignant son statut d'érudit et d'officier de la société civile.
🎖️ La mémoire collective de campagne (Le témoignage des survivants) :
N° 37 - COSTE Jean reçoit la Médaille commémorative Interalliée (dite aussi Médaille de la Victoire). Elle n'est pas décernée pour un acte de bravoure isolé, mais distribuée à tous les soldats ayant survécu et servi sur un théâtre d'opérations (comme le Front d'Orient pour ce marin). Elle matérialise pour l'élève le statut d'ancien combattant et le souvenir global de la coalition mondiale contre les empires centraux.
📄 2. Document extérieur associé
Fiche : "Une fleur dans la guerre (1916-1936)", librement consultable sur le site "Le bleuet de. France".
🎨 SOUS-THÈME 3 : Les témoignages artistiques et la mémoire sensible
🔍 1. La matière brute du Jeu (La vue élève)
Ce sous-thème récapitule le système de la guerre en faisant dialoguer l'Histoire, les Arts plastiques et l'EMC à travers les œuvres étudiées dans les thèmes précédents. Les formes et les styles traduisent l'angoisse industrielle là où les documents administratifs restent froids :
Les lignes géométriques et tranchantes de Christopher Nevinson (infirmier anglais durant la guerre) pour exprimer la violence mécanique du combat. Thème 3
Titre : La Mitrailleuse
Artiste : Christopher NEVINSON (1889-1946), artiste britannique engagé comme ambulancier volontaire sur le front en 1914.
Date : 1915.
Lieu de conservation : Tate Britain, Londres (Royaume-Uni).
Mouvement artistique : Futurisme / Vorticisme.
Matière à faire observer au élèves (L'angoisse géométrique) : Le tableau montre des soldats servant une mitrailleuse lourde dans une tranchée. Nevinson utilise des formes abstraites, tranchantes et strictement géométriques pour traduire l'angoisse des bombardements et du combat. Les hommes perdent leurs traits humains : ils sont construits avec les mêmes lignes d'acier brisées et angulaires que l'arme elle-même. La fusion graphique entre les corps des soldats et le métal de la mitrailleuse montre l'intégration totale de l'humain dans la mécanique de mort.
Les silhouettes de Marcel Gromaire (soldat français blessé pendant la guerre) pour témoigner de la déshumanisation et de l'attente des poilus. Thème 1
Titre : La Guerre
Artiste : Marcel Gromaire (1892-1971), lui-même blessé durant le conflit.
Mouvement artistique : Cubisme
Date : 1925 (peint 7 ans après la fin de la guerre).
Lieu de conservation : Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris
Matière à faire observer aux élèves : La déshumanisation des soldats transformés en machines à combattre. L'aspect « Machine » (Le cubisme) : Les soldats ressemblent à des robots géométriques. Leurs casques et leurs manteaux forment des blocs de pierre ou de métal. Ils sont engrenés dans la tranchée. La couleur : Le « bleu horizon » réglementaire de l'uniforme se confond presque avec la boue et la roche grise de la tranchée. La guerre efface l'identité humaine. L'immobilité : Il n'y a pas d'action, de sang, ni de cri. C'est l'attente angoissante, lourde et mécanique avant le combat.
Les corps assemblés et les prothèses d'Otto Dix (mitrailleur allemand pendant la guerre) pour fixer le traumatisme physique des survivants. Thème 2
Titre : Les Joueurs de skat (ou Mutilés de guerre jouant aux cartes)
Artiste : Otto DIX (1891-1969), ancien combattant et mitrailleur allemand.
Mouvement artistique : Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit).
Date : 1920 (peint deux ans après l'armistice).
Lieu de conservation : Neue Nationalgalerie à Berlin, Allemagne
Matière à faire observer aux élèves : Les corps des trois anciens officiers ne sont plus entièrement biologiques. Ils sont réparés et complétés par des prothèses industrielles : une mâchoire inférieure en métal, une main mécanique, des jambes de bois. Les corps se confondent techniquement avec les pieds de la table et des chaises. La réorganisation mécanique des gestes simples : Le système de santé a maintenu ces hommes en vie, mais la destruction de leurs membres les oblige à interagir de manière mécanique. Le joueur de gauche utilise ses orteils pour tenir ses cartes, celui du centre utilise sa bouche, et celui de droite utilise sa prothèse métallique. La nomenclature des blessures de la face (Les Gueules cassées) : L'œuvre détaille cliniquement les ravages de l'artillerie : boîte crânienne reconstruite par greffe, œil de verre, absence d'oreilles remplacées par un tube acoustique direct, absence de nez. La dérision institutionnelle : Le joueur de droite porte la Croix de fer (décoration militaire de bravoure) sur son uniforme, créant un contraste technique entre la reconnaissance honorifique nationale et l'état de destruction physique de l'individu. Le lien avec le quotidien (Le Loto) : Ces hommes fument et jouent au skat (jeu de cartes allemand populaire) dans un café pour passer le temps. Ils illustrent la situation des millions d'invalides exclus du marché du travail, dont la prise en charge financière à long terme a nécessité l'invention de la Loterie nationale.
Les reliefs en pierre d'Aristide Maillol (le père de N° 43 - Lucien MAILLOL (1896-1917)) pour matérialiser le chagrin et le souvenir de la communauté.
📄 2. Document extérieur associé
Fiche "Comprendre la signification du monument aux morts de Banyuls-sur-Mer, sculpté Parr Aristie Maillol en 1933", librement consultable sur le blog Les Banyulencs "morts pour la France" entre 1914-1918, Le Souvenir Français - Comité de Banyuls-sur-Mer
🎨 LA TRACE ARTISTIQUE ET PLASTIQUE DU THÈME 4 : INTERDISCIPLINARITÉ (HISTOIRE / ARTS / EMC)
Consigne : Utilise les 4 photos afin de construire une oeuvre qui raconte une histoire. Tu peux organiser ta feuille comme tu le veux. Tu peux découper les oeuvres. Tu peux rajouter les couleurs, les formes et les textes que tu veux.
Photo 1 : Marcel GROMAIRE, La Guerre (1925)
Photo 2 : Christopher NEVINSON, La Mitrailleuse (1915)
Photo 3 : Otto DIX, Les Joueurs de skat (1920)
Photo 4 : Aristide MAILLOL, Le Monument aux Morts de Banyuls-sur-Mer (1933)

